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Le blog de Abdoulahi ATTAYOUB

Niger : Au-delà des querelles partisanes

28 Novembre 2020 , Rédigé par Abdoulahi ATTAYOUB

Au-delà des appréhensions alimentées par l’incertitude née d’une crispation pourtant prévisible du débat politique, devrait prévaloir l'intérêt supérieur du pays. En effet, à la suite de la publication par la Cour constitutionnelle des candidatures validées pour la prochaine élection présidentielle, la tension est montée d’un cran au sein du microcosme politique nigérien.

Les différents camps se sont lancés dans une surenchère politico-judiciaire qui donne le tournis à nombre de Nigériens tout en suscitant l'inquiétude chez les partenaires traditionnels du pays. Les difficultés de la classe politique à s'accorder sur un cadre consensuel de concertation la décrédibilise et jette un doute sur sa capacité à se hisser à la hauteur des attentes du peuple. Les défis auxquels est confronté le pays devraient conduire les politiciens à une pratique politique plus pragmatique et bienveillante tant que les éléments essentiels de la stabilisation institutionnelle de l'État n'ont pas atteint un niveau d'effectivité reconnu par le peuple.

Les affaires judiciaires cachent mal un jusqu'au-boutisme qui risque d'éroder pour longtemps l'image encore incertaine de la pratique politique et de fragiliser davantage le processus démocratique. Au-delà des aspects légaux, les institutions de l’Etat ne devraient souffrir d’aucun déficit de légitimité car cela amoindrit immanquablement leur crédibilité à remplir les missions qui leur sont assignées.

Quoi qu’en disent les tenants de la pratique actuelle, la santé politique du pays est en jeu et constitue la véritable perdante de ces querelles. Chaque propos non élogieux pour un camp est systématiquement assigné au camp adverse et toute liberté de s'extraire au jeu partisan incomprise et considérée comme hostile. Les intérêts partisans priment encore sur ceux du pays et les différents acteurs politiques donnent l'impression de se rejoindre au moins sur ce point.

L’État du Niger est encore en construction et ne dispose pas d'institutions suffisamment solides pour le mettre à l'abri des risques que lui font courir ses politiciens. La mauvaise foi pour certains, la naïveté pour d'autres, amènent souvent les acteurs politiques à vouloir gérer la chose publique comme cela se fait dans des pays que leur Histoire a doté de mécanismes de gouvernance qui transcendent les débats partisans.

La multiplication des partis politiques reflète un tâtonnement démocratique qui parait inévitable et pourrait constituer un passage obligé qui finira par une structuration plus classique et plus lisible du paysage politique. Espérons alors que cette évolution contribuera également à réduire la marchandisation électoraliste qui dénature aujourd'hui l'action publique.

Le pays a grand besoin d'une pratique consensuelle de la politique, à défaut d'avoir le choix entre de véritables options et programmes politiques réellement différents. La classe dirigeante se doit de contribuer à l’avènement d’une culture politique construite sur la base des réalités nationales et prenant en compte les attentes de l’ensemble de la population. L'ère n'est pas encore aux slogans et autres incantations sur la démocratie auxquels personne ne croit, tellement ils jurent avec la gestion visible des affaires de l'Etat et le respect des valeurs qui fondent sa légitimité.

Il n'est pas réaliste de prétendre à une stabilisation du climat sociopolitique uniquement par la force et les moyens conférés par l'exercice du pouvoir. Les politiques ne devraient pas sous-estimer l'importance des fondements structurels du pays profond dont l’équilibre est en réalité l’unique garant d’une stabilité durable du pays. Il est toujours regrettable de constater que les seuls gardes fous opérants sont ceux de la communauté internationale ; et que le silence de celle-ci est souvent considéré par les politiciens comme un feu vert aux dépassements et aux libertés prises avec le respect des règles élémentaires de la bonne gouvernance.

Abdoulahi ATTAYOUB

Consultant                                                                                                                                 Lyon le 28 novembre 2020

@attayoub

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