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Le blog de Abdoulahi ATTAYOUB

Azawad-Mali : quand le recours à la force compromet toute perspective de paix

29 Avril 2026 , Rédigé par Abdoulahi ATTAYOUB

La séquence qui se déroule actuellement dans le conflit opposant l'État central du Mali à l'Azawad ne devrait surprendre personne parmi ceux qui suivent attentivement cette question. Depuis que les autorités maliennes ont dénoncé les accords d'Alger et opté pour la voie militaire afin de traiter la question azawadienne, il était prévisible que le conflit ne ferait que se perpétuer et s'intensifier.

L'alliance tactique entre le Front de Libération de l'Azawad (FLA) et le JNIM s'inscrit en miroir de choix symétriquement funestes : le recours par le pouvoir malien à des mercenaires étrangers et à des milices communautaires et tribales, chargés de mener des exactions contre les populations civiles peules et touarègues de l'Azawad et du Macina. En faisant ce choix, Bamako a délibérément éloigné toute perspective d'un retour à la stabilité.

Un récit national au service de l'exclusion

Le slogan « Mali un et indivisible » restera lettre morte tant que certains continueront de concevoir le Mali actuel comme le prolongement d'un passé largement mythifié, dont les légendes sont régulièrement convoquées pour légitimer la suprématie supposée de certaines communautés sur d'autres. Un État ne se construit pas sur des mythes ethnocentrés ; il se bâtit sur la justice et l'égalité réelle de ses citoyens.

Il faut ici pointer une contradiction criante : ceux qui dénoncent les méthodes du JNIM et du FLA en les qualifiant de terroristes se gardent bien de la même rigueur lorsqu'il s'agit des agissements des FAMAS ou des mercenaires russes d'Africa Corps. L'ancien ministre Sadio Camara a fait venir les hommes de Wagner, dont la mission a semblé se résumer au ciblage ethnique : des drones frappant des campements et des véhicules civils, endeuillant des centaines de familles azawadiennes. Silence assourdissant, alors, de ces mêmes « démocrates ». De quelle démocratie peuvent-ils véritablement se réclamer ?

Une chronologie qui établit les responsabilités

En retraçant les événements depuis 2012, les responsabilités des différents acteurs apparaissent avec clarté. Au lendemain des affrontements de 2012 et de la proclamation de l'Azawad, la communauté internationale a imposé un accord de paix entre l'État malien et les mouvements azawadiens. Cet accord a été progressivement sabordé par les autorités maliennes, et plus encore depuis l'avènement des juntes militaires successives, avant d'être finalement dénoncé ouvertement. C'est dans ce contexte que Wagner fut appelé pour « reprendre » Kidal, ville où l'armée malienne était pourtant déjà déployée, conformément aux arrangements issus dudit accord.

Les autorités de Bamako ont ensuite entrepris de qualifier l'ensemble des acteurs dissidents de « terroristes », espérant entraîner la communauté internationale dans une lecture partiale et commode de la situation. Dans le même temps, les FAMAS se sont livrées à ce qui s'apparente à un nettoyage ethnique contre les Peuls et les Touaregs, causant des milliers de victimes civiles sans aucune logique sécuritaire apparente.

Au regard de ces faits, on ne peut raisonnablement reprocher au FLA de chercher à créer les conditions nécessaires pour faire face à la violence d'une armée qui massacre sa propre population avec l'appui de mercenaires étrangers. Quant à la « montée en puissance » si souvent proclamée des FAMAS, elle s'est révélée à sa juste mesure : Kidal n'a pu être reprise qu'adossée aux bagages de Wagner. La ville, aujourd'hui revenue sous contrôle azawadien, demeure le symbole d'une résistance à l'injustice, à l'exclusion et aux humiliations qui n'ont pratiquement pas cessé depuis les années 1960.

Kidal comme symbole, l'Azawad comme réalité

La cristallisation de certains esprits sur Kidal, en réalité sur la communauté touarègue tout entière, en dit long sur les limites de leur réflexion politique. Le pouvoir malien a toujours désigné les mouvements de l'Azawad comme ses ennemis principaux. Cette réalité transparaît dans certains discours officiels et se distille sournoisement dans l'opinion publique, galvanisant les foules dans un mélange de ressentiment, de racisme et de récit national construit autour de mythes ethnocentrés.

Ceux qui s'alarment des risques de décomposition de l'État malien dans sa forme actuelle feignent d'ignorer que cet État ne parvient pas à jouer son rôle envers l'ensemble de ses populations. La junte qui a plongé le Mali dans le chaos actuel, et qui a largement contribué à entraîner les deux autres pays du Sahel central dans la même aventure, rame à contre-courant de l'histoire et devrait être tenue pour responsable des conséquences de ses choix.

À un moment donné, il faut savoir garder raison et ne pas insulter l'intelligence des peuples sahéliens. L'équilibre par la force que recherche Bamako pourrait, paradoxalement, créer les conditions d'un retour au réalisme politique, celui-là même que les accords d'Alger tentaient d'incarner. Il reste à espérer que ce réalisme ne s'impose qu'après avoir évité de nouvelles souffrances aux populations civiles, premières et principales victimes de cette tragédie.

Abdoulahi ATTAYOUB

Consultant

Lyon (France)                                                                                                                                                                       29 avril 2026

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