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Le blog de Abdoulahi ATTAYOUB

Azawad-Mali : l'ONU se réveille enfin ?

24 Juillet 2026 , Rédigé par Abdoulahi ATTAYOUB

Azawad-Mali : l'ONU se réveille enfin ?
Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme est sorti de sa réserve pour s'intéresser à ce qui se passe dans le Nord du Mali (Azawad). Il demande des éclaircissements après l'annonce, par l'état-major malien, d'une trentaine de militaires tués et d'une soixantaine de blessés lors des combats autour d'Anéfif début juillet, opposant l'armée malienne et les paramilitaires russes de l'Africa Corps à une coalition de circonstance formée par le Front de libération de l'Azawad (FLA) et le Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM). Dans son communiqué, l'ONU évoque des soldats maliens qui se seraient rendus avant d'être torturés et exécutés, et réclame une enquête indépendante pour établir les faits, notamment ceux montrés dans des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.
Que des soldats faits prisonniers soient sommairement exécutés constitue, s'il est avéré, un crime de guerre, quel que soit l'auteur, quel que soit le camp. Sur ce point précis, l'ONU a raison de vouloir enquêter, et les auteurs devront répondre de leurs actes si les faits sont confirmés. Mais c'est justement la rapidité et la netteté de cette réaction qui interrogent, quand on la compare au silence prolongé, voire à l'obstruction, qui a longtemps entouré des violations autrement plus massives commises contre les populations civiles du Nord et du Centre du Mali.
Un contraste qui interroge
Le cas le plus emblématique reste le massacre de Moura. Entre le 27 et le 31 mars 2022, l'armée malienne et des combattants « étrangers » , que le rapport de l'ONU lui-même associe au groupe Wagner, ont détenu, trié puis exécuté sommairement plus de 500 personnes en l'espace de cinq jours dans ce village du centre du Mali, avec des indications de crimes contre l'humanité. Il aura fallu plus d'un an pour que ce rapport voie le jour, la Russie ayant entre-temps bloqué au Conseil de sécurité toute demande d'enquête indépendante sur ces faits. Depuis, l'impunité reste totale : aucun responsable malien n'a été jugé.
Ce schéma n'est pas isolé. À Tinzawaten, en août 2024, une frappe de drone de l'armée malienne a tué sept civils dont cinq enfants, un père y décrit son fils blessé à la tête, mort en chemin vers l'hôpital faute de secours. Human Rights Watch a documenté qu'entre mai et décembre 2024, les forces armées maliennes et le groupe Wagner ont délibérément tué au moins 32 civils, en ont fait disparaître 4 autres et ont incendié au moins 100 maisons lors d'opérations dans le centre et le nord du pays. Ces violations frappent en priorité les communautés touarègues et arabes dans le Nord, et peules dans le Centre, trois communautés que les forces gouvernementales assimilent trop souvent, collectivement, à des combattants des groupes armés.
Il y a aussi Enaderfé Ag Mohamed Elmoctar, coordinateur d'une ONG humanitaire basée en Centrafrique, venu passer ses congés dans son pays natal. En janvier 2025, alors qu'il rejoignait en voiture le camp de réfugiés de M'Bera en Mauritanie avec sa famille, il a été tué avec son épouse enceinte, leur fils de trois ans et plusieurs proches, lors d'exécutions attribuées par de nombreux témoins à l'armée malienne et au groupe Wagner. Un travailleur humanitaire, sa femme et son enfant en bas âge : aucun communiqué onusien nommant un responsable n'a suivi.
Plus récemment encore, fin juin 2026, quatre jeunes éleveurs, deux Touaregs et deux Songhaïs, sans lien avec un quelconque groupe armé, ont été tués près de Zarho et d'Abakoïra, entre Tombouctou et Gao, par une patrouille de l'armée malienne et de l'Africa Corps russe, qui a remplacé Wagner. L'un des corps a été retrouvé décapité et démembré, ses bras et ses jambes disposés en forme de croix gammée autour de la tête, une mise en scène macabre destinée, selon des organisations locales de défense des droits humains, à terroriser la population. Là encore : ni communiqué d'urgence, ni nom de responsable avancé par les Nations Unies, ni demande d'enquête indépendante.
Face à cette accumulation de faits documentés, par des organisations aussi établies que Human Rights Watch, Amnesty International ou le Bureau des droits de l'homme de l'ONU lui-même, les appels à la communauté internationale sont longtemps restés lettre morte : pas de résolution contraignante, pas de mécanisme de suivi, une mission des Nations Unies (la MINUSMA) qui a fini par quitter le pays sans que les responsables des pires exactions n'aient eu de comptes à rendre.
Une même exigence, pour tous
Personne ne demande à l'ONU de fermer les yeux sur des soldats maliens exécutés après s'être rendus, si c'est bien ce qui s'est passé. La question est celle de la constance. Si cet intérêt renouvelé pour les droits humains au Sahel s'étend désormais, avec la même rigueur et la même rapidité, à l'ensemble des violations, qu'elles soient commises par des groupes armés, par l'armée malienne, ou par ses encadrants russes, alors il faut s'en féliciter, et l'ONU devrait le démontrer en pesant, avec la même énergie, sur les enquêtes toujours pendantes concernant Moura et les dizaines d'autres exactions documentées contre des civils désarmés.
Mais si cette mobilisation devait rester sélective, prompte quand ce sont des soldats de l'État qui sont visés, hésitante ou bloquée quand ce sont des civils touaregs, arabes ou peuls qui sont massacrés, alors elle constituerait une injustice de plus, et la démonstration que le double standard, plutôt que la protection des populations, continue de guider l'action des Nations Unies au Sahel.
Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant
Lyon (France) 24 juillet 2026
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