Algérie–Sahel central : le retour des constantes géopolitiques
L'Algérie opère un retour en force sur la scène sahélienne. La rapidité de ce mouvement, conjuguée au contexte sous-régional dans lequel il s'inscrit, lui confère un caractère spectaculaire. Le réchauffement des relations avec le Niger et le Burkina Faso, et plus encore la reprise du dialogue diplomatique avec le Mali, interrogent légitimement sur les ressorts de ce basculement.
Il faut y voir l'aboutissement d'un constat : l'enlisement des trois pays de l'AES dans une posture géopolitique déconnectée des réalités du terrain ne pouvait indéfiniment prospérer. Cette posture les a conduits à une rupture quasi systématique avec l'ensemble de leur voisinage. Or cet isolement diplomatique, loin de renforcer leur souveraineté proclamée, est devenu un facteur de déstabilisation que les grandes puissances régionales et internationales ne pouvaient plus ignorer dans leur lecture de la crise sahélienne. L'incapacité persistante à endiguer la progression des groupes armés non étatiques a fini par convaincre jusqu'au partenaire russe, pourtant complaisant, que l'heure du réalisme avait sonné, par-delà les envolées populistes et la rhétorique guerrière qui ont longtemps tenu lieu de politique.
Ce retour à la raison profite naturellement à l'Algérie, dont le rôle dans la région ne relève pas de la conjoncture mais d'une constante historique et géographique. Sa contribution ancienne à la gestion des conflits opposant les États sahéliens à leurs communautés septentrionales, sa proximité territoriale et les liens humains qui traversent des frontières récentes et largement artificielles lui imposent une attention particulière à la stabilité de ses voisins, une attention qui excède les seules obligations attachées à son statut de puissance régionale.
Cette responsabilité suppose une approche pragmatique des enjeux nationaux à l'intérieur de chacun de ces pays, conciliant le respect de la souveraineté des États et la prise en compte des intérêts réels des populations. Elle rappelle aussi que la responsabilité de la communauté internationale se trouve engagée dès lors qu'un État exerce contre une partie de sa population des violences à caractère ethnique.
En décidant d'envoyer des avions de guerre au Niger à la suite de la tentative de coup d'État du 29 août 2026, l'Algérie a opéré un changement radical de doctrine et réaffirme ainsi sa présence dans la sous-région comme puissance militaire avec laquelle il faudra désormais compter. Ce message ne s'adresse pas uniquement aux Nigériens, mais aussi, et peut-être surtout, à l'ensemble des acteurs engagés sur ce terrain.
L'Algérie a souvent joué un rôle stabilisateur au Sahel central, s'engageant dans la médiation et la facilitation pour circonscrire les conflits qui opposent, depuis les indépendances, les États centraux du Niger et du Mali à leurs régions septentrionales. Cet engagement s'explique également par les risques sécuritaires directs que l'instabilité sahélienne fait peser sur ses propres frontières.
Chef de file de la médiation ayant abouti aux précédents accords d'Alger entre les mouvements de l'Azawad et l'État malien, l'Algérie porte cependant une part de responsabilité dans l'enlisement de leur application, faute d'avoir suffisamment mis les protagonistes devant leurs responsabilités en leur rappelant l'engagement pris devant l'ensemble de la communauté internationale, alors même que ce conflit menace la stabilité du Sahel depuis les indépendances.
L'Algérie a conscience qu'aucune stratégie d'influence ou de stabilisation de cet espace ne saurait durablement prospérer en occultant les réalités socioculturelles du terrain. Les acteurs internationaux présents au Sahel central ne peuvent ancrer leur présence qu'en intégrant les intérêts des populations locales et en respectant les équilibres structurels sur lesquels reposent des États encore en construction. Ignorer ces dynamiques locales au profit d'agendas exogènes hors sol expose à des contradictions dont le poids finit par annuler la portée des calculs diplomatiques les mieux établis.
Abdoulahi ATTAYOUB
Consultant
Président de l'Organisation de la Diaspora Touarègue en Europe (ODTE)Tanat
Lyon (France), 6 septembre 2026
/image%2F1954526%2F20160919%2Fob_a27466_abdoulahi-attayoub-09-2016.jpg)