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Le blog de Abdoulahi ATTAYOUB

Niger : sortir de la crise par le haut, pas par la purge

31 Août 2026 , Rédigé par Abdoulahi ATTAYOUB

Niger : sortir de la crise par le haut, pas par la purge
Trois ans après le coup de force, l'heure du bilan
Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani, alors commandant de la garde présidentielle, prenait la tête des militaires qui mettaient fin au mandat du président Mohamed Bazoum. Le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), qui revendiquait ce coup d'État, s'engageait dans un processus de « refondation » censé restaurer la souveraineté nationale et purger la vie politique des travers qui la gangrenaient depuis la Conférence nationale de 1991.
Ce discours trouvait un écho réel dans un pays lassé du clientélisme et de l'affairisme érigés en mode de gouvernance. Les Nigériens avaient des raisons légitimes d'espérer un sursaut fondé sur la justice et le respect de la volonté populaire.
Trois ans plus tard, ce cap tarde à se dessiner clairement.
Une refondation qui reproduit les travers qu'elle dénonçait
Les instances censées porter le changement souffrent des mêmes maux que les régimes précédents. Le Conseil consultatif de la refondation (CCR), qui aurait pu incarner une représentation nationale renouvelée, a été constitué sur des critères contestables, où la volonté populaire n'a pas toujours pesé autant qu'elle aurait dû pour asseoir sa légitimité.
Il en va de même pour la nomination des gouverneurs, préfets et administrateurs délégués : la compétence, pourtant disponible dans le pays, a trop souvent cédé le pas à la logique de récompense des soutiens, donnant corps, au sens propre, à l'expression de « pouvoir militaire ».
Résultat : la refondation de l'État avance lentement, l'amélioration des conditions de vie tarde, et l'insécurité continue de progresser sur le territoire sans que les réponses apportées ne rassurent durablement.
La tentative de coup d'État du 29 août 2026 : un signal qu'on ne peut plus ignorer
Les événements du 29 août 2026 sont venus rappeler, avec une gravité particulière, la fragilité du pouvoir actuel. Cette tentative de coup d'État a confirmé ce que beaucoup d'observateurs redoutaient : l'unité et la cohésion de l'appareil militaire autour du général Tiani ne vont plus de soi.
Le recours à l'appui russe pour rétablir l'ordre soulève une double difficulté. D'une part, il fragilise la revendication souverainiste d'un pouvoir dont le discours repose largement sur le rejet de toute présence militaire étrangère, au point d'en réclamer le retrait jusque chez certains voisins. D'autre part, faire intervenir une force étrangère dans un conflit interne à l'armée ouvre une brèche dangereuse : elle installe un précédent où toute ingérence extérieure pourrait demain se présenter aux côtés de n'importe quel autre acteur politico-militaire actif sur le territoire national.
Plus fondamentalement, cet épisode interroge le monopole de la violence légitime lui-même. Ce monopole ne se maintient que s'il est exercé avec justice ; dès lors qu'il est perçu comme instrumentalisé au service d'intérêts particuliers, sa légitimité s'érode et avec elle, la cohésion qu'il est censé garantir.
Tirer les leçons sans céder à la fuite en avant
Le risque, à présent, est de répondre à la crise par une purge indiscriminée. Une telle réaction, loin de consolider le pouvoir, approfondirait les fractures internes et pourrait faire basculer le pays dans un chaos difficile à maîtriser.
La voie la plus sûre reste celle d'une unité nationale assumée, construite sur un respect réel des équilibres qui fondent la stabilité du pays. Concrètement, cela suppose :
• Un réaménagement du commandement administratif, fondé sur la compétence plutôt que sur l'allégeance.
• La création d'un Haut conseil des sages auprès du chef de l'État, composé de personnalités dont la légitimité fait consensus, avec une représentation réelle des populations et des territoires.
• Une refonte du CCR pour en faire un organe véritablement représentatif, à défaut d'être élu, qu'il puisse au moins se prévaloir d'une légitimité sociale et territoriale reconnue.
• Un ajustement gouvernemental, signal tangible d'une volonté de rectification et d'une meilleure prise en compte des réalités du pays.
• Un calendrier réaliste de retour à l'ordre constitutionnel, où chaque étape aura été consolidée dans son rôle de jalon vers une vie politique pluraliste et apaisée.
Trois ans après juillet 2023, le Niger se trouve à un carrefour. La tentative de coup d'État du 29 août n'est pas seulement une alerte sécuritaire : c'est l'occasion, encore ouverte, de corriger une trajectoire avant qu'elle ne se referme.
Abdoulahi ATTAYOUB,
Consultant
Lyon (France) 31 août 2026
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